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CULTURE Sépulture des naufragés du Ker Anna

Le trois mâts barque en fer “Ker-Anna” est mis à l’eau sous le nom de “Dora Ann” dans le port de Sunderland dans le comté de Durham en Angleterre le 6 mai 1876. C’est alors un important chantier naval, situé à l’embouchure de la rivière « Wear » sur la mer du Nord. L’ingénieur James Laing supervise sa construction. C’est un des pionniers de la construction de navires à coque en fer. En 1793, Philipp Laing et son frère John avaient fondé le chantier naval. Celui-ci se développe sous l’impulsion de James, le fils de Philipp. James Laing sera tour à tour directeur de la Compagnie du canal de Suez, puis shériff de Durham en 1879. Il est anobli en 1897. Le “Dora Ann” effectue plusieurs voyages à destination de l’Australie. En 1889 le voilier passe sous pavillon français à Saint-Nazaire en étant acheté par l’armateur nantais Alexandre Viot et prend le nom de “Ker-Anna”. L’acte de francisation signé le 27 septembre 1889 nous fait découvrir un voilier imposant. “Il jauge officiellement 557 tonneaux. L’identité du navire est déterminée par les mesures ci-après. Longueur, de l’avant de l’étrave sous le beaupré jusqu’à l’arrière de l’étambot : 50 m 32 cm. Plus grande largeur extérieure : 8 m 83 cm. Hauteur, au milieu du navire (sous le pont de tonnage, sous le pont supérieur) : 5 m 40 cm. Le dit navire a un pont, un vaigrage, trois mâts et il est doublé en fer.” Le “Ker-Anna” navigue entre Mayotte, Pondichéry, Calcutta et bien sûr La Réunion jusqu’à ce jour de décembre 1894 où il fait naufrage au large de la Pointe des Aigrettes. Le 5 janvier 18995, “L’Indépendant créole” annonce “qu’il sera procédé le lundi 7 janvier 1895 à 8h sur la plage de la Pointe des Aigrettes à la vente publique d’un certain nombre de lots comprenant des débris et des marchandises provenant du navire naufragé Ker-Anna. Le dimanche 27 janvier 1895, à la même heure, il sera vendu une ancre en fer de 1 000 kg avec accessoires ayant appartenu au même navire et déposé près de l’établissement Vally. Paiement et enlèvement obligatoires dans les 24 heures.”

C’est encore une fois dans l’irremplaçable « MEMORIAL DE LA REUNION » que nous trouvons les récits de la série de naufrages qui se sont produits de 1885 à 1913. Le « Victor », le « René », le « Cousin », le « Himpopo », le « Warren-Hastings », etc ; la liste est longue.
Le drame qui a particulièrement retenu notre attention est celui du « Ker-Anna » ou « Keranna » selon les auteurs.
Nous empruntons le texte au « MEMORIAL » :

« Le 9 décembre 1894, à l’aube, c’est la pointe des Aigrettes à Saint-Gilles, qui est le théâtre d’un nouveau drame de la mer. Et cette fois, il y a mort d’hommes.
Le « Keranna » a fui en catastrophe , comme d’autres navires, la rade de Sait-Denis le 8 décembre en début d’après-midi : les violents vents d’est et est-sud-est qui déferlaient sur l’île, rendaient sa position trop dangereuse. Aussi le trois-mâts nantais a-t-il abandonné son ancre et sa lourde chaîne, et appareillé cap au nord, sous voilure réduite.
Pour éviter de s’éloigner trop de la Réunion, le capitaine a recommandé de tirer des bords, cap au Nord pendant une heure puis cap au Sud, jusqu’à ce qu’on soit à une dizaine de milles de la côte, à nouveau cap au Nord… La manœuvre serait parfaite si la visibilité était bonne et si le vent de mer ne faisait pas dériver le navire. Avec la tombée de la nuit, il devient impossible de se repérer ; les lumières de Saint-Denis et le phare de la pointe restent invisibles ; il devient même impossible, raconteront les matelots, de se voir d’un bout à l’autre du navire. La folie des éléments est telle que les hommes du « Keranna » ne s’aperçoivent pas qu’ils ont été déportés au sud-ouest beaucoup plus loin que prévu.
A 4 heures et 5 minutes du matin, le 9 décembre, la matelot Pierre-Marie Derrien de Paimpol, prend la barre. Sa longue habitude de la mer lui fait pressentir quelque chose d’anormal ; on ne voit pas à dix mètres, mais la couleur de l’eau, des indices imperceptibles lui font deviner que la terre est toute proche. Pour l’heure, le « Keranna » est en train de tirer un de ses bords cap au Nord-Est quart Nord ; et Derrien « sent » que la côte est là, à tribord et en face.
« J’appelle le maître pour lui dire que je supposais que c’était la terre qui se trouvait sous le vent à nous… Je lui dis qu’il ferait bien de prévenir le second, ce qu’il fit de suite ; l’horizon se dégageait sensiblement. Le second monte immédiatement sur le gaillard ( d’arrière ), il regarde l’horizon et fait aussitôt le commandement : la barre au vent toute, tout le monde sur le pont !
« On commence de brasser ( les écoutes des voiles ) pour virer, à ce moment le navire touche. » Le « Keranna » vient de s’empaler presque tangentiellement sur la pointe des Aigrettes. Sur ce haut-fond corallien la mer roule avec furie.
« Il y avait un fort grain, poursuit Derrien. Un lame venue par l’arrière a jeté sur le pont les hommes de manœuvre. Le second a été roulé sur le gaillard ; je suis resté seul, debout, appuyé sur la barre ; les embarcations ont été brisées… »
Le navire s’est lui aussi brisé. L’arrière où se trouve l’homme de barre commence immédiatement à s’enfoncer. « Sentant l’arrière couler, dit Derrien, je me suis deshabillé et jeté à la mer. En arrivant près des rochers, j’ai été rejeté au large . Le courant m’entraînait vers Saint-Gilles. »
L’homme parvient tout de même a atteindre le rivage. Nu, grelottant, il court chercher des secours. Mais la mer est trop grosse pour qu’on puisse y lancer un canot. Derrien pourra tout de même sauver un de ses compagnons, en allant à la nage le tirer de sa position désespérée, dans les rochers battus par les lames.
Sauvé également la matelot Cornillet. Réfugié à l’avant, dans les haubans, avec le second, il a vite compris que le navire était perdu.
« Je me suis tenu d’une main, de l’autre, j’enlevais mes effets et je tournais le dos aux paquets de mer ; quand je me suis retourné, le second avait disparu. L’arrière était coulé, les marchandises sortaient de la cale et encombraient les alentours du navire. Un grosse lame m’a enlevée de dessus les haubans de foc et je suis arrivé à terre roulé par la mer. Il y avait un fort courant me poussant du côté de Saint-Gilles. J’ai trouvé une caisse de marchandises qui m’a sauvé en me protégeant des madriers » ( Archives de la Réunion ; 4 S 149).
« Jai vu enlever le mousse par la mer », ajoute Cornillet. Le mousse, le second, le capitaine, Aubin Delahaye, et cinq hommes d’équipage ont disparu ; il n’y a que six survivants sur quatorze hommes. La mer ne rendra que cinq cadavres, mais rejettera beaucoup de marchandises, qui furent exposées sur la grève et vendues aux enchères."

 

La sépulture des naufragés du Keranna au cimetière marin de Saint-Paul.

Il ne reste aucune trace de l’épave mais on raconte que les chaînes du « Keranna » ont servi à suspendre les conduites métalliques destinée à canaliser les eaux prélevées dans les bassins de Saint-Gilles. Et surtout, surtout, il se dit aussi que les madriers et planches rejetés par la mer ont été utilisés pour bâtir ou consolider la maison dans laquelle Jean Albany a vécu son enfance.

Par contre, face à Saint-Gilles, par 55 mètres de fond, on peut voir l’épave du « Navarra » qui n’a aucun rapport avec un quelconque naufrage. Ce langoustier de 47 m a été coulé en 1996 à la demande de la fédération de plongée pour constituer un récif artificiel. Plusieurs espèces y sont sédentarisées : limes, mérous, raies, pastenagues, perroquets, etc . 

 

Clicanoo.re - publié le 28 octobre 2011 - 5 000 euros pour la prospection du Ker-Anna
Une des affaires qui a retenu notre attention hier au conseil municipal de Saint-Paul : le vote d’une subvention de 5 000 euros pour la Confrérie des gens de la mer. Cette rallonge budgétaire doit permettre aux historiens de mener à bien une prospection archéologique sur l’épave du Ker-Anna, naufrage survenu le 8 décembre 1894. Cette opération bénéficie déjà du soutien du département des recherches archéologiques subaquatiques sous-marines, de la Drac, du conseil général et de la mairie de Saint-Paul. Qui ne peut rester indifférente devant une telle initiative. « Nous voulons montrer notre attachement au patrimoine », a déclaré la députée-maire Huguette Bello. Cette plongée hors-norme permettra de compléter les recherches des archives départementales qui font état de deux autres naufrages : le trois-mâts Henriette-Marie (2 août 1834) et l’Eurydice ( 7 mai 1834). Voilà qui pourrait également jouer dans l’acquisition du label national « Ville d’art et d’Histoire », qu’Huguette Bello doit aller défendre prochainement à Paris.    D.F.B     

 

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